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Pourquoi la coiffure ?

” Le métier de la coiffure s’est imposé très tôt à moi.

Je me souviens parfaitement lorsque j’accompagnais ma mère là où elle avait ses habitudes : un petit salon de quartier vivant, véritable lieu de rencontre entre les habitants du quartier.

À l’époque, on n’avait pas de tablette ou de smartphone pour patienter ! J’adorai jouer avec le casque à mise en plis, probablement le critère numéro un à cet âge-là pour beaucoup d’enfants.

J’ai encore quelques bribes d’un souvenir en particulier : le bruit du claquement des ciseaux… beaucoup trouvent ce bruit désagréable, mais je fais partie de ceux qui retirent la protection en plastique afin d’entendre le claquement du métal, cette habitude est peut-être liée à ce souvenir.

J’étais impressionné par la quantité de cheveux qui tombaient au sol, mais également, et surtout, par la manière dont le coiffeur jouait avec ces ciseaux. Il exécutait une danse parfaitement maîtrisée ! J’ai compris des années plus tard qu’il y avait beaucoup d’esbroufes, mais c’est probablement ce moment-là qui a fait naître ma vocation. Par mimétisme je tentais de reproduire les mêmes gestes sur les poupées que je subtilisais discrètement à ma sœur lorsque nous rentrions à la maison.

Très rapidement, je compris qu’il me faudrait un métier manuel et créatif, et même si la coiffure semblait être une évidence, j’avais d’autres passions, c’est pourquoi j’ai longtemps hésité entre la coiffure et la cuisine. Arrivé à l’âge de prendre une décision sur la suite de mon parcours, j’ai opté pour la coiffure, laissant la cuisine dans un coin de ma tête.”

Quel est votre parcours professionnel ?

À l’âge de 14 ans, après avoir tenté, en vain, d’obtenir un contrat d’apprentissage et essuyé des refus souvent dus à mon jeune âge, je me suis résigné à poursuivre dans une autre voie et j’ai intégré un CAP vente.

Mes résultats scolaires étant excellents et j’ai intégré une classe dans laquelle le CAP était préparé en un an, au sein d’un groupe dont la moyenne d’âge était de 21 ans. Cette année-là m’a permis de gagner beaucoup de cette maturité qui me manquait lors de mes précédentes recherches.

Dès l’obtention de mon premier CAP, ne préférant prendre aucun risque, mes parents m’ont aidé à entamer les démarches pour que je puisse intégrer une école de coiffure lyonnaise à la rentrée. Cet été a été très long et j’ai attendu la rentrée avec impatience !

Ma première année de CAP et mes premiers pas dans le monde de l’entreprise grâce aux différents stages, m’ont rapidement confortés dans mon choix :  j’avais soif d’apprendre et j’aimais ça ! Les premiers coups de ciseaux, les premières colorations, les premiers brushings… tout pour moi était prétexte à m’émerveiller. Je vivais enfin une part de mon rêve. Mes professeurs sont parvenus à me transmettre leur passion et leur savoir, si bien qu’au début de ma seconde année de CAP, je me suis lancé dans l’aventure des Meilleurs Apprentis de France. J’ai obtenu une médaille d’or, grâce à 9 mois de préparation intensive.

Mon CAP en poche, je me suis dirigé naturellement vers la préparation de mon Brevet Professionnel. Par chance, j’ai pu rester dans le salon qui m’avait accueilli pour l’intégralité de mes stages durant ma deuxième année de CAP : un salon de la presqu’île lyonnaise, avec une clientèle exigeante, toujours établi comme une institution et reconnu pour la qualité de son travail depuis plus de 50 ans.

C’est à cette époque que j’ai découvert ma passion pour la technique et une fois mon BP obtenu, j’ai été engagé comme technicien dans le second salon de mon employeur, situé dans un hôtel de luxe. Une expérience d’un an, qui m’a enrichi et qui m’a permis de côtoyer une clientèle internationale et différente.

J’ai ressenti le besoin de partir et découvrir d’autres manières de pratiquer le métier.
Après l’obtention d’un certificat de qualification professionnelle en management et un déménagement à Tours, j’ai directement été embauché dans la maison mère d’un groupe implanté dans l’Ouest de la France. Presque deux années après avoir beaucoup mis de côté les ciseaux pour la technique, j’étais heureux de pouvoir reprendre la coupe. Je multipliais donc les formations afin de gagner en assurance et être en capacité de proposer un travail de qualité.

Après plus de 3 ans, l’opportunité de rejoindre Paris s’est présentée à moi et j’ai décidé de la saisir. Arrivé en septembre 2016, j’ai multiplié les expériences en un temps record. En un mois, j’avais déjà travaillé dans 2 salons différents et je commençais à travailler pour un troisième début octobre. Tout est si différent quand on arrive à Paris, le rythme et l’ambiance, l’immensité et la densité de la population, Paris est un monde à part et il faut un temps d’adaptation. En mars 2017, je pris conscience qu’il était temps pour moi de partir à l’aventure, en solo. J’ai créé ma micro-entreprise le 1ᵉʳ avril de cette année-là, désireux de retrouver ma liberté, mais aussi et surtout, pour retrouver la dimension « sociale » de ce métier où l’on s’occupe surtout de l’apparence.

Tout naturellement j’ai donc accepté la proposition de remplacement d’une coiffeuse que je connaissais et qui quittait l’Ehpad où elle intervenait. Un Ehpad spécialisé, où sont accueillies des personnes atteintes d’Alzheimer ou de maladie cognitives apparentées. La dimension sociale était bien là. Le lien qui se crée avec certains résidents est indéfinissable. S’ils sont bien souvent incapables d’exprimer leur reconnaissance, je la ressens.

En parallèle, j’ai également rejoint un salon en free-lance pour les fins de semaines, ce qui me permettait de garder un pied dans le monde « classique » de la coiffure. Le reste du temps, j’ai pris le temps de me constituer un carnet d’adresse qui m’assure aujourd’hui, 5 ans après, de travailler quotidiennement pour mon propre compte. J’interviens toujours en Ehpad, mais je ne travaille plus en salon, car ma clientèle à domicile est ma priorité.

Quelles sont, selon vous, les clés de la réussite ?

C’est un parcours parmi tant d’autres, le facteur chance est à prendre en compte dans la réussite mais il est loin d’être le facteur principal. La passion, la formation, l’envie d’aller plus loin et proposer un travail toujours plus qualitatif, mais aussi la confiance en soi, sont les facteurs qui pour moi y contribuent largement. La rigueur, une bonne gestion et une vision à long terme peuvent permettre de s’installer dans la durée.

Comment voyez-vous le métier de la coiffure dans 10 ans ?

Dans les années à venir, il sera très probablement nécessaire de faire évoluer ce métier. Le premier virage a déjà été pris, grâce à la révolution numérique quiconque aujourd’hui est à 2 clics d’un rendez-vous, ils ne pourront cependant jamais numériser la relation que l’on a avec nos clients. À l’heure ou changer de salon se fait en moins d’une minute, la relation et la satisfaction mais aussi la force de proposition sont pour ma part les points essentiels à mettre en avant et à travailler quotidiennement pour améliorer la fidélisation. D’un point de vue écologique, le grand public y étant largement sensibilisé, les marques devront amplifier leurs recherches afin d’obtenir des formules moins nocives pour les coiffeurs mais aussi pour l’environnement, de leur fabrication à leur rejet. Réduire les déchets physiques en proposant par exemple des alternatives végétales et/ou biodégradables aux bouteilles en plastique ou aux divers déchets que nous-mêmes produisons, les consommables étant encore trop souvent à usage unique. La formation des plus jeunes doit changer et s’adapter aux demandes d’aujourd’hui. L’attractivité du métier est à retrouver, cela passe aussi par une revalorisation de notre savoir-faire longtemps mis à mal par la multiplication des tutoriels dans lesquels tout semble si simple, et des publicitaires qui promettent des résultats merveilleux à la maison. Faire rêver et communiquer autour de nos différences et de notre professionnalisme me semblent être essentiels pour rendre à la coiffure la place qu’elle mérite et ainsi donner l’envie aux plus jeunes d’intégrer un cycle de formation. Tous les coiffeurs sont remplaçables mais rien ne remplacera un coiffeur.